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« La civilisation judéo-chrétienne » : déconstruction d’une notion fallacieuse

Dans son ouvrage « La civilisation judéo-chrétienne : Anatomie d’une imposture », l’historienne tunisienne Sophie Bessis déconstruit un concept devenu incontournable dans les discours politiques européens. Derrière cette notion d’un prétendu héritage commun judéo-chrétien, elle dénonce un instrument d’exclusion de la civilisation arabo-musulmane. Focus.

« Notre victoire, c’est la victoire de la civilisation judéo-chrétienne face à la barbarie ! » déclarait, en mai 2024, le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou sur une chaîne française. Dans l’essai « La civilisation judéo-chrétienne. Anatomie d’une imposture », l’historienne et journaliste Sophie Bessis s’attache à démonter cette « expression devenue une référence hégémonique », souvent reprise par de nombreux dirigeants européens.

S’innocenter de la Shoah

Derrière cette « trouvaille sémantique et idéologique », se cache un concept vide de substance, selon Sophie Bessis, qui relie son émergence à une culpabilité liée à la Shoah. La Seconde Guerre mondiale marque un tournant, selon l’auteure, suscitant « deux stratégies complémentaires » pour « retrouver l’innocence perdue » de l’Occident : un soutien inconditionnel à Israël et une réécriture du passé par l’invention d’un judéo-christianisme censé occulter deux millénaires de persécutions des juifs en Europe.

En intégrant le judaïsme à son identité, l’Occident redéfinit ainsi son adversaire en désignant l’islam comme la « nouvelle barbarie ». Israël devient dès lors un bastion avancé de la civilisation occidentale, « L’Europe se termine en Israël », déclarait son Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, en 2017.

L’historienne Sophie Bessis

Défendre Israël et exclure l’Islam

L’exclusion de l’islam de cette « civilisation judéo-chrétienne » est un axe central de l’analyse de Sophie Bessis. En prétendant que l’Occident repose uniquement sur ces deux traditions religieuses, on relègue l’islam à l’altérité, instaurant l’idée d’une incompatibilité avec les valeurs occidentales.

« Jadis, le juif était l’autre ; aujourd’hui, tout ce qui relève du monde musulman est perçu comme une différence irréductible. »

Ce discours a contribué à une indulgence, voire à une complicité vis-à-vis des politiques israéliennes, y compris dans leurs aspects les plus contestables. « On passe sous silence toutes les dérives de cet État », observe-t-elle. Cette complaisance, selon l’historienne, s’est encore renforcée face au génocide israélien perpétré à Gaza depuis octobre 2023.

Discrimination des juifs orientaux

L’historienne met en lumière le « lien maléfique » entre la défense autoproclamée des valeurs occidentales et le soutien sans faille à Israël, même lorsque celui-ci est dirigé par une extrême droite ultranationaliste.

Enfin, Sophie Bessis, juive d’origine tunisienne, aborde un thème qui lui tient particulièrement à cœur : la mise à l’écart des juifs originaires du monde arabe. Elle rappelle que le sionisme, né en Europe au XIXe siècle, a été pensé par des intellectuels occidentaux qui ont négligé, voire méprisé, les juifs d’Orient.

À travers cet essai, l’auteure invite à une remise en question des concepts véhiculés dans le discours politique actuel. Elle met en lumière la manière dont le mythe de la civilisation judéo-chrétienne sert à occulter des rapports de domination et à effacer des pans entiers de l’histoire et des cultures partagées.

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